femme qui marche
travail en cours depuis 2022
dessins et peintures
dimensions variées
« C’est un travail en cours…
Je partage ici le tourbillon qui m’anime. »
« Le matin, j’assombris
dans la journée je tard
à l’après-midi, je fais nuit
dans la nuit je brûle.
À l’ouest la mort
contre qui je vis
du sud captif
L’est est mon nord.
D’autres qui racontent
pas à pas:
Je meurs hier
Je nais demain
Je marche là où il y a de la place :
— Mon temps est quand. »
Vinicius de Moraes – Poétique (c’est moi qui traduit)
Rio de Janeiro, 1954
« Il y a quelque temps, j’ai compris que je n’ai pas de racines, mais des jambes.
Je n’ai pas “une place dans le monde”, comme le disait Castaneda…
Je n’appartiens à aucun lieu — et aucun lieu ne m’appartient.
Ce qui m’intéresse, ce sont nos relations : entre les hommes et entre ceux-ci et les autres êtres. Mais… bien entendu, ma relation à moi-même et à tout ce que je vis.
Ensuite, il y a l’espace physique de la toile — lieu où je configure toutes ces émotions.
Je travaille à travers la construction et la déconstruction, par l’épuisement de l’image.
J’ai constamment besoin de revenir, de faire et de refaire,
dessiner et effacer, puis redessiner ; peindre et repeindre ; redessiner et repeindre…
la toile s’épaissit…
Le temps et l’échelle jouent un rôle fondamental,
reconfigurant la relation avec le spectateur.
Mon travail est cyclique : les cycles reviennent.
Mon œuvre s’organise en séries, certaines en cours depuis de nombreuses années,
demeurant ouvertes, toujours en mouvement.
Elles se comportent comme des noyaux germinatifs qui se multiplient,
s’agrègent et se développent.
Le passage du temps est une décantation.
Marcher est la bonne vitesse pour comprendre.
La figure n’est qu’un masque temporaire et réducteur
posé sur l’absence de fond des passions humaines.
Dans ce contexte, comment présenter une figure humaine unifiée, stable,
définie — et donc achevée —
alors que l’être humain, dans son essence, est un chaos de sentiments et d’émotions ?
Comment peindre cet aspect tragique de la condition humaine ?
Comment rendre compte de la figure à partir de sa propre instabilité ?
Comment saisir ce qui dépasse toute mesure de valeur ?
L’essentiel résiste à toute mise en forme
et insiste pour s’inscrire sur la toile.
C’est l’expression d’émotions humaines fondamentales
qui échappe à tout ordre et à toute mesure,
à toute limite, définition, figure ou circonscription —
une profondeur infinie dans la toile. »

À gauche : Alberto Giacometti, Femme qui marche, 1932, bronze, 146,4 x 27,8 x 36,8 cm. Collection privée
Au centre : Artiste inconnu, sans titre, dit Koré au péplos, vers 530 av. J.-C. sculpture en marbre rond / Paros, hauteur : 120 cm. Musée de l’Acropole d’Athènes
À droite, photographie de Hans Feurer du mannequin Madison Headrick, pour le magazine Elle Paris, 9 juin 2022, p. 82.
« Parmi tant d’autres… quelques références :
Duchamp, « Nu descendant l’escalier #2 », 1912
Fragmentation de la couleur, de la lumière, du temps.
Proust – similitude des impressions.
Debussy
Sartre – L’existentialisme
Il y a quelque temps, j’ai compris que je n’avais pas de racines mais des jambes.
Je n’ai pas « de place dans le monde » comme le disait Carlos Castaneda…
Je suis un marcheur,
Je n’appartiens à aucun endroit et aucun endroit ne m’appartient.
« Marcher est la bonne vitesse pour comprendre. »
« L’Eternel dit à Moïse: Va »
Exode 8:1
« Le Seigneur lui dit: Ote tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. »
Exode 3:5
Actes 7:33
« Chaque pèlerin se trouve confronté à ses propres fondements, aux chaussures avec lesquelles il se promène. Bien que utiles, les chaussures sont une surface artificielle qui nous isole du sol vivant. […] une relation si ambiguë entre la chaussure et le promeneur, entre la fondation et l’essence ou entre la semelle et le sol.
Nilton Bonder
« Succession de sensations
Construction et déconstruction de l’image.
L’échelle fait partie du contenu
Épuisement du dessin
La figure n’est qu’un masque temporaire et réducteur placé
sur l’abîme des passions humaines.
Comment représenter une figure humaine unifiée et stable,
défini et donc terminé,
quand l’être humain (son essence) est le chaos des sentiments et des émotions ?
Comment peindre cet aspect « tragique » de la condition humaine ?
L’essence de l’humain qui en soi
permet de rendre compte de la figure humaine ?
Comment rendre compte de ce qui dépasse la valeur ?
L’essentiel qui résiste à tout formatage est votre inscription à l’écran.
L’expression des émotions humaines fondamentales qui résistent à tout ordre et à toute mesure, à toute
limite et à toute définition, à toute figure et à toute circonscription.
une profondeur infinie dans l’écran…”
« Ce que je te dis
ne me change pas
Je ne vais pas du plus grand
au plus petit
regarde-moi
la perspective ne joue pas pour moi
je tiens ma place
et tu ne peux pas t’en éloigner
il n’y a plus rien autour de moi
et si je me détourne
rien n’est à deux faces
rien et moi. »
Paul Éluard
Fabienne Verdier, Passagère du silence, Paris, Albin Michel, 2003, p. 26.
Nilton Bonder, Tirando os Sapatos. O Caminho de Abraão, Um Caminho Para o Outro, Rio de Janeiro, Rocco, 2008. Sommes nous qui traduisons de l’originel :
« Todo peregrino acaba por defrontar-se com seus próprios fundamentos, os sapatos com os quais caminha pela vida. Embora úteis, os sapatos são uma superfície artificial que nos isola do solo vivo. […] relação tão ambígua entre o calçado e o caminhante, entre o fundamento e a essência ou entre a sola e o solo.